Pétition contre les projets de contournement et d'aménagement d'un nouveau tracé de la RN2 à 2×2 voies dans le bocage de la Thiérache
Mission de contrôle
Pétition contre les projets de contournement et d'aménagement d'un nouveau tracé de la RN2 à 2×2 voies dans le bocage de la Thiérache
A l’attention de Mesdames et Messieurs les sénateurs,
RÉSUMÉ
Le projet de mise à 2×2 voies en tracé neuf de la RN2 en Thiérache, incluant les contournements de La Capelle, Froidestrées et La Flamengrie, apparaît aussi coûteux qu’inutile. En effet, les tracés étudiés, longs de 11 à 14 kilomètres et limités à 90 km/h, n’offriraient qu’un gain de temps marginal, de l’ordre d’une minute, et nécessiteraient une dépense publique de l’Etat et des collectivités à hauteur de 100 à 130 millions d’euros.
Ce projet détruirait des terres agricoles irremplaçables, sacrifierait un bocage d’exception, menacerait des exploitations agricoles, fragiliserait des commerces de proximité, déplacerait les nuisances vers des villages jusqu’ici préservés tout en augmentant le trafic des poids lourds avec la construction de cet itinéraire gratuit alternatif aux autoroutes.
Or, des solutions existent, plus simples et moins onéreuses, comme l’amélioration de l’infrastructure actuelle et l’interdiction des poids lourds en transit par arrêté préfectoral.
Dans ces conditions, les pétitionnaires demandent au parlement d’exercer son pouvoir de contrôle sur l’emploi des fonds publics envisagés pour ce projet et d’interpeller le Gouvernement, notamment le ministre chargé des Transports, sur son utilité publique et sa soutenabilité budgétaire. En définitive, il est réclamé l’abandon du projet au profit de solutions plus respectueuses du territoire et de ses habitants.
EXPOSÉ DES MOTIFS
Nous, citoyennes et citoyens, habitants de la Thiérache, appelons solennellement la représentation nationale à se saisir du projet de déviation de la route nationale 2 (RN2) en Thiérache. Ce projet vise à contourner les communes de La Capelle, Froidestrées et La Flamengrie par la construction d'une nouvelle infrastructure à 2×2 voies, limitée à 90 km/h, au cœur du bocage et de zones naturelles préservées.
Ce projet a fait l'objet d'une concertation publique en octobre 2024 et a suscité de vives préoccupations notamment sur son utilité et ses impacts. Aucun consensus ne s’est dégagé parmi les 4 fuseaux étudiés. Plutôt que de réinterroger le bien-fondé même de l'opération, l'État envisage désormais un cinquième tracé, situé plus à l'Est, déplaçant simplement le problème vers des communes jusqu'ici épargnées, comme Sommeron et le hameau de Saint-Lot à Gergny.
Pour autant, nous n’ignorons pas les nuisances subies par les riverains de l’actuelle RN2, mais la réponse ne saurait être un contournement coûteux et destructeur, alors qu'existent des solutions alternatives moins coûteuses et tout aussi efficaces.
1. Une utilité publique non démontrée
Les éléments issus du dossier de concertation convergent et montrent que ce projet ne répond pas à une nécessité avérée d'intérêt général tant le bilan coûts/avantages est défavorable :
– l'accidentologie est particulièrement faible : un seul accident corporel (un blessé grave) entre 2016 et 2020, aucun depuis 2020 ;
– la circulation est fluide : environ 8 400 véhicules par jour dans les deux sens, soit moins de six véhicules par minute — aucune congestion structurelle ;
– le gain de temps pour les usagers serait marginal, de l'ordre d'une minute, et il ne peut venir à ce titre défendre la thèse d’un désenclavement ;
– les nuisances ne seraient ni supprimées ni réduites, mais déplacées, et même amplifiées par l'afflux de nouveaux camions cherchant à éviter les péages autoroutiers ;
– le projet pourrait couper des voies communales sans mesures compensatoires, au risque d'isoler certains quartiers.
2. Un coût disproportionné pour les finances publiques
Le coût estimé du projet, compris entre 100 et 130 millions d'euros, apparaît démesuré au regard des bénéfices escomptés. À titre d'exemple, le seul contournement de Froidestrées représenterait de l'ordre de 70 millions d'euros, soit entre 375 000 et 700 000 euros par habitant effectivement contourné.
Ces dépenses seront alourdies par des surcoûts inévitables (acquisitions foncières, indemnisations, inflation, compensations, contentieux) et par les charges d’entretien d’une double infrastructure, estimées à 300 000 € par an, alors que le prix du bitume a augmenté de 65 % en dix ans.
À titre de comparaison, le projet de mise à 2×2 voies de la RN147 entre Couzeix et Nieul en Haute-Vienne, a vu son coût doubler entre l'estimation initiale et la réalisation, passant d'environ 60 millions d'euros en 2019 à 132 millions en 2025. La commission d'enquête publique a elle-même rendu un avis défavorable en juin 2025, dénonçant cette dérive budgétaire.
3. Des atteintes graves et irréversibles à l'environnement
Notre territoire se caractérise par un bocage d’une richesse écologique remarquable, comprenant notamment :
– des zones naturelles d'intérêt écologique, faunistique et floristique (ZNIEFF) : vallée de l'Oise, vallée de la Gerbette, vallée de la Librette, vallée du Lerzy ;
– des continuités écologiques et des prairies bocagères constituées de haies très anciennes ;
– des zones humides et un réseau hydrographique fragile.
La réalisation de nouvelles infrastructures entraînerait une artificialisation irréversible des sols, une fragmentation des habitats naturels, une atteinte majeure à la biodiversité et une aggravation des risques d'inondation. Ces impacts sont en contradiction avec les objectifs de réduction de l'artificialisation des sols et de protection de la biodiversité inscrits dans le droit français et européen.
4. Une atteinte majeure à l'activité agricole
Ce projet affecterait directement des exploitations agricoles, en détruisant ou morcelant des parcelles aujourd'hui dédiée à l'élevage et à la culture. Certaines exploitations familiales, déjà fragiles, pourraient être contraintes de céder des terres productives au nom d’un hypothétique bénéfice collectif ce qui entamerait leur rentabilité économique.
Par ailleurs, un tel projet est soumis à étude préalable agricole (article L. 112-1-3 du code rural), dont le premier principe est d'éviter la consommation de terres — un évitement que rendent précisément possibles les solutions alternatives que nous proposons. Détruire des terres nourricières va à l’encontre de l'objectif de souveraineté alimentaire.
5. Des conséquences négatives pour l'économie locale
Les préjudices économiques de ce projet pour les commerces, les services et les artisans de Thiérache sont largement sous-estimés. Les clients de passage, qui contribuent à l’activité des bourgs, les contourneront désormais sans s’y arrêter alors que les centres-villes ruraux peinent à se maintenir. Et l’argument selon lequel ces infrastructures favoriseraient l’attractivité économique du territoire ne repose sur aucun élément concret. A ce jour, aucune entreprise n’a conditionné son installation à la construction de cette nouvelle voie.
6. Des nuisances déplacées, pas supprimées
Le contournement ne supprime pas les nuisances mais il les transfère vers de nouveaux territoires, au détriment d'habitants situés dans des zones jusqu'ici préservées. Il convient de souligner que le contournement ne serait pas mis en service avant plusieurs années. À cet horizon, l'électrification du parc automobile aura considérablement réduit les nuisances sonores et atmosphériques que le projet entend combattre, tandis que les dommages environnementaux et agricoles, eux, seraient définitifs.
7. Un projet en décalage avec les attentes des habitants
La concertation n'a fait apparaître aucune adhésion au projet tel qu’il est conçu. Si une partie des habitants y voit une réponse aux nuisances existantes, aucun des quatre fuseaux n'a recueilli de consensus. La préoccupation qui fonde ce soutien — réduire le trafic des poids lourds en traversée — peut être satisfaite par des mesures bien plus simples et moins coûteuses, sans imposer à d'autres habitants et au bocage des sacrifices définitifs.
8. L'existence d'alternatives crédibles, moins coûteuses et plus adaptées
Des solutions concrètes, moins coûteuses et profitables à tous existent :
– l’interdiction du trafic des poids lourds en transit, par arrêté préfectoral, afin de détourner vers les autoroutes A2, A1 et A26 les camions transnationaux — comme cela a été décidé pour la RN83 en janvier 2026 ;
– la sécurisation et l'aménagement de la RN2 existante, avec le doublement des voies hors agglomération pour faciliter les dépassements ;
– le traitement du flux routier Est/Ouest avec la prolongation et la mise au gabarit de la D1043, du carrefour de la mairie de La Capelle jusqu'à l'intersection D1043/D1029, où serait aménagé un giratoire (réduction d'environ 50 % du trafic PL dans La Capelle) ;
– l'amélioration des revêtements routiers par la pose d'enrobés phoniques ;
– la réalisation d’aménagements de sécurité dans les bourgs et le financement de vitrages acoustiques.
CE QUE NOUS DEMANDONS
1. L'exercice par la représentation nationale de son pouvoir de contrôle sur l'emploi des fonds publics envisagés, et l'interpellation du Gouvernement sur la soutenabilité budgétaire et l'utilité publique de ce projet.
2. L'abandon des projets actuels de contournement et de tout nouveau tracé de la RN2 à 2×2 voies en Thiérache, au regard de leur coût disproportionné, de leurs impacts irréversibles et de l'absence de bénéfice démontré pour la collectivité.
3. La publication d'un arrêté préfectoral interdisant la circulation des poids lourds en transit sur la RN2 entre Maubeuge et Laon, sans coût supplémentaire pour les finances publiques.
4. La réorientation des investissements vers les solutions alternatives proposées.
CONCLUSION
La Thiérache constitue un patrimoine naturel, agricole et paysager d'une valeur exceptionnelle. Les projets contestés y porteraient une atteinte irréversible, sans bénéfice réel pour la collectivité. Leur abandon serait donc une décision conforme à l'intérêt général, à la bonne gestion des deniers publics et aux attentes légitimes des habitants de la Thiérache.